TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS: UNE MASCARADE

Publié le par SERAFINE

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L’histoire se répète …


J’ai retrouvé cet article du Monde à propos d’une visite dans les Ardennes… L’histoire se répète…

Cause toujours…

Fin 2006, le candidat Sarkozy avait étrenné devant eux son slogan « Travailler plus pour gagner plus ». Retour chez les forgerons des Ardennes, qui s’estiment floués et voudraient le faire savoir au président .

Le candidat Sarkozy leur avait promis de revenir. De ne pas oublier les Ardennes. Près de deux ans après une visite emblématique dans la région de Charleville-Mézières, où il avait rodé son slogan « Travailler plus pour gagner plus », le président de la République a choisi de fouler à nouveau ce « concentré de difficultés ». Il devait être à Rethel, mardi 28 octobre, pour présenter ses mesures pour l’emploi.

A Bogny-sur-Meuse, une commune voisine, personne n’a oublié sa première visite. Le 18 décembre 2006, le ministre de l’intérieur se rend aux Ateliers des Janves, une forge dans la vallée de la Meuse qui sous-traite pour l’industrie automobile. Il a décidé d’aller à la rencontre des « couches populaires ». Il lui faut investir les usines. Il salue d’abord les ouvriers, discute avec certains, en plein labeur.

« Combien gagnez-vous ? », s’enquiert-il auprès d’un estampeur. « 1 200 euros ! Au bout de trente ans. Ce n’est pas assez ! », reprend le ministre candidat avant de grimper sur une estrade et de lancer pour la première fois son « Travailler plus pour gagner plus ».

Pour les journaux de 20 heures, c’est une belle scène de campagne électorale : les chaînes de télévision montrent une petite foule enthousiaste face au candidat. Pour les gens de la région, c’est une autre affaire. « Sarkozy, c’était une mascarade, du cinéma ! Les gens d’ici n’y ont jamais cru. Il n’a pas gagné avec le vote des ouvriers mais avec celui des électe urs FN », s’emporte le patron du bar-PMU de Bogny-sur-Meuse, habitué à voir défiler dans son café toute la misère de la vallée.

Du cinéma ? Les ouvriers aussi en sont persuadés. L’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy avait, selon eux, méticuleusement soigné la mise en scène de sa visite ardennaise. « Les gars auxquels Sarkozy s’est adressé avaient été sélectionnés par la dir ection, racontent les ouvriers présents à l’époque. L’administration avait choisi les endroits où Sarkozy allait s’arrêter pour discuter avec des ouvriers. Des gars bien sages. Sur l’estrade, ils avaient pris des ouvriers pas trop grands. Et devant, ils avaient placé les plus proches de la droite. En fait, la majorité des gars n’étaient pas dupes. Un tiers à peine de l’assistance a applaudi, mais les caméras ont donné l’impression d’une vraie eu phorie. »

Pour conclure sa visite ardennaise, à Charleville-Mézières, la préfecture, le candidat s’était adressé « les yeux dans les yeux » à cette « France qui souffre » : « Je sais que vous avez été souvent trahis. Je fais ce serment à la France. Je ne vous trahirai pas. Je ne vous mentirai pas. Je ne vous abandonnerai p as. »

Presque deux ans ont passé. A Bogny-sur-Meuse, ville industrieuse durement touchée par la mondialisation, les délocalisations et les patrons voyous, l’espoir d’une vie moins difficile a fait long feu. La cité continue de souffrir. Les statistiques sont implacables : un taux de chômage qui atteint 23 %, presque le double de la moyenne nationale ; un revenu moyen nettement inférieur à celui des Français (11 470 euros annuels au lieu de 15 027 euros) ; un solde migratoire négatif.
 Au bar-PMU de Bogny-sur-Meuse, les blessés de la crise font la queue pour jouer au Loto, dernier espoir pour quitter le pays. « Je ne suis pas venu pour vous dire : «Abandonnez vos maisons, l’avenir est ailleurs». Mon projet, c’est que vos enfants travaillent ici. Nous allons faire revivre l’espoir ! », leur avait dit Nicolas Sarkozy. Rester ? « Je travaille pour que mes deux fils n’aillent jamais à l’usine et quittent les Ardennes », affirme Medhi, 33 ans, employé depuis quinze ans comme forgeron aux Ateliers des Janves.

Corentin est amer. Ce gaillard jovial entré à l’usine a 18 ans avait perçu la visite de Nicolas Sarkozy comme « une sorte de reconnaissance ». « C’est un menteur. Et le pire, c’est que cela ne révolte personne. Le «Travailler plus pour gagner plus» a enrichi les patrons, les actionnaires, le clan UMP », s’offusque-t-il. Son collègue aux mains abîmées est résigné : « Moi je ne crois en rien, mais mon portefeuille est vide. Y’a rien qui s’arrange, au contraire », marmonne l’ouvrier avant d’enfourcher une vieille Mobylette.

Malgré les promesses de Nicolas Sarkozy, Norbert Malicet, « vingt-huit ans de boutique » aux Ateliers des Janves, a gardé la même feuille de salaire – 1 200 euros – pour nourrir une famille de six enfants. Sa femme ne travaille pas. « Ce n’était pas beaucoup en 2006, c’est encore moins en 2008, raconte cet ancien jardinier des Ateliers des Janves, devenu ouvrier et délégué CGT. Depuis deux ans, on a encaissé la hausse des matières premières, de l’énergie, des produits de consommation. Il faut rogner sur tout. Dans les magasins discount, on achète les produits en promotion, on n’a plus de loisirs et on ne jette plus rien. Quand les assiettes ne sont pas terminées, on les met au réfrigérateur. »

Eric Leroy, son collègue, gagne un peu plus, 1 600 euros, grâce au travail de nuit, payé 30 % plus cher. L’usine tourne en trois-huit. Sa femme est au chômage, depuis huit ans, victime d’un patron voyou. Lorsque le couple part en vacances avec ses deux enfants, c’est au camping. Pour arrondir leurs fins de mois, les deux ouvriers, comme la plupart de leurs collègues, occupent leur week-end avec des petits boulots, sonorisation, animation de soirée pour l’un, bricolage pour l’autre.

Travailler plus pour gagner plus ? « Le salaire n’est pas l’ennemi de l’emploi. La vraie politique de l’emploi, c’est la politique du pouvoir d’achat. Je veux proposer une politique de hausse du pouvoir d’achat », avait promis Nicolas Sarkozy à Charleville-Mézières. A la forge, les salariés ont attendu, en vain. En juin, leur patron, Jean-Michel Lesire, leur a demandé d’effectuer des heures supplémentaires. La majorité des ouvriers ont refusé, assimilant cette mesure « autoritaire » à une remise en cause des 35 heures.

« On n’est pas des feignants, s’emporte Norbert Malicet. La mentalité d’ici, c’est de travailler dur. Lorsque nous sommes passés de 39 à 35 heures, nous avons gardé le même rendement. Mais à la forge, quand vous avez fait vos sept heures, vous êtes complètement cassé. En juillet, l’atelier, c’est une fournaise, il fait 60 degrés derrière les fours. Même en hiver, on marche aux ventilate urs. » Eric Leroy a expérimenté pendant un mois les heures supplémentaires : « Pour des facilités d’organisation, la direction a imposé aux équipes de nuit de travailler deux heures supplémentaires. Au lieu de finir à 3 heures, on arrêtait à 5 heures du matin. On faisait du 20 heures-5 heures du matin. Est-ce que Sarkozy sait ce que c’est que de se lever le matin en ayant mal partout, au dos et à toutes les articulations ? »

Un grand gaillard, le visage noirci par les poussières de l’atelier, acquiesce en exhibant les paumes de ses mains, en lambeaux, brûlées par des années de forge. « A 50 ans, on est fichu physiquem ent », avoue-t-il. En signe de protestation, les ouvriers se sont mis en grève, en juillet 2008, et ont réclamé une prime de 120 euros. La direction de l’Atelier des Janves, malgré une hausse de 3,5 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, a refusé. « Quand Sarkozy nous a proposé de gagner plus, les ouvriers ont imaginé qu’il allait augmenter nos salaires de base. Rien n’est venu pour nous, alors que nous faisons partie d’une des entreprises les plus riches des Ardennes. Le seul salaire qui a augmenté, c’est le si en ! », s’emporte un forgeron.

En quinze ans, les ouvriers des Ateliers des Janves ont vu leur pouvoir d’achat fondre comme peau de chagrin. « Avant, on était payés au rendement et ça valait le coup de se décarcasser. Je gagnais en quinze jours ce que je gagne en un mois », se souvient Norbert Malicet. Avec son salaire d’ouvrier et ses enfants à charge, le père de famille a réussi à devenir propriétaire d’une maison confortable avec jardin. « Aujourd’hui, je serais dans l’incapacité d’acheter, assure-t-il. Un ouvrier en 2008 est condamné à une vie de misère, sans possibilité d’évolution, sans espoir d’améliorer ses conditions de vie. » Le délégué CGT déplore la politique de baisse du coût du travail menée par la direction. « La précarité est de plus en plus forte. La direction n’a même plus recours à l’intérim mais aux contrats de professionnalisation et d’apprentissage. On utilise des stagiaires pour faire tourner les usines. »

Au printemps 2007, les résultats de l’élection présidentielle à Bogny-sur-Meuse avaient traduit la défiance des habitants de la septième ville des Ardennes : au premier tour, Nicolas Sarkozy, (19 %) avait été largement distancé par Ségolène Royal (25 %), et par Jean-Marie Le Pen (22 %). Au second tour, le futur président avait tout juste atteint 43 % des voix, très loin derrière la candidate socialiste (56 %). Les retombées de sa visite dans cette ville ouvrière avaient donc été nulles.

Depuis, le fossé s’est encore creusé. A Bogny-sur-Meuse, les promesses du candidat de mettre fin aux délocalisations et aux pratiques des patrons voyous, n’ont pas résisté à la réalité. Le 7 février, quelques mois à peine après la liquidation de Thomé-Génot, le premier fabricant mondial de pôles alternateurs, l’entreprise Lenoir et Mernier, spécialisée dans la production de boulons, était à son tour placée en liquidation, victime des dérives de son patron, Philippe Jarlot.

Les ouvriers des Ateliers des Janves ont décidé d’aller, mardi 28 octobre, à Rethel. Ils espèrent retrouver leur hôte, sans mise en scène cette fois.

Sophie Landrin – Le Monde

MERCI A SEGOLENE ROYAL DE NOUS COMMUNIQUER CET ARTICLE SUR SON BLOG

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